Algues vertes, engagement par témoignage

Je publie le texte d'un écologiste sans étiquette, Michel Evrard résidant dans les Alpes , il témoigne par ecrit de son soutien aux manifestants de Hillion.
"Algues vertes.
C’est très bien d’agir contre les algues vertes. J’espère que la manifestation du 27 Septembre sera une réussite. J’habite trop loin, pour me rendre en Bretagne. Cependant, grâce aux moyens de communication modernes, je vais y participer à ma façon. Il y a bien longtemps que je m’inquiète du développement délirant des élevages industriels en Bretagne que j’ai découvert en 1964-1965, lors d’une année passée dans la région de Lorient. C’était le début des élevages industriels de poulets aux hormones… Aujourd’hui, c’est l’horreur absolue avec le développement exponentiel des élevages industriels de porcs, de volailles et les usines à lait. Aujourd’hui, Tino Rossi devrait chanter :« Ah, quelle est belle ma Bretagne, ses algues vertes et ses cochons ». Il est arrivé que des éleveurs augmentent illégalement leur cheptel. Ensuite, ils n’avaient qu’à régulariser auprès de la Préfecture… Il arrive ou il est arrivé que les volailles prêtes à envoyer à l’abattoir soient ramassées nuitamment par des clandestins. Aujourd’hui, vu la folie ultra-libérale qui s’est emparée du marché du porc, les éleveurs vendent à perte, comme leurs collègues producteurs de lait, de fruits ou de légumes.
Il faut sortir de ce cercle vicieux abracadabrantesque et remettre les filières agricoles d’aplomb. Il y a quelques années en arrière, un illustre éleveur de brebis de la région de Millau proposait la politique de la souveraineté alimentaire. Mais il n’en parle plus. Sans autre précision de sa part, j’ai essayé de voir comment on pourrait mettre en œuvre cette idée. Je vous livre le résultat de mes cogitations. On calcule le nombre de tonnes de porc que les Français ingurgitent, chaque année. On le traduit en nombre de cochons à élever. On les répartit dans des élevages qui produiront, par an, 1.000 cochons, en deux bandes de 500 gardés 6 mois et non 4,5 mois, voire moins, dans la filière productiviste. Le prix du porc engraissé sera calculé, pour que l’éleveur gagne 18 euros nets, par unité, ce qui lui fera 18.000 euros nets, par an. Il aura donc un revenu net de 1.500 euros, par mois. Etant donné qu’il pourra compléter ce revenu, par un jardin potager, quelques poules, quelques lapins ou un cochon élevé pour ses propres besoins, il ne pourra pas se plaindre. Et quel bel exemple de partage du travail ! Bien sûr, cette organisation pourra apparaître comme une égalitarisme forcené, mais vu le prix actuel du porc, cette solution arrangerait même les gros éleveurs que l’Etat n’aurait plus besoin d’aider financièrement, comme cela s’est fait par le passé.
Un fois, l’approvisionnement de la France assuré, on pourra permettre à certains éleveurs de travailler pour exporter vers les pays qui sont dans l’impossibilité de produire suffisamment de cochons, pour leur propre consommation. Mieux, si la France peut produire un peu d’aliment pour bétail en surplus, elle le leur vendra, pour nourrir leurs cochons. Il faut toujours produire au plus près des consommateurs.
A ce sujet, pour vous montrer que ma proposition n’est pas si déjantée qu’elle en a l’air, voici ce qu’Alain Remond (journaliste bien connu) rapporte dans le petit mot humoristique qu’il a publié dans La Croix du 22 Septembre. Un lecteur lui a envoyé l’étiquette qu’il a récupéré sur un paquet de « Haché de porc maigre ». Sous cette indication, était écrit en tout petits caractères « Né au Canada, élevé en Australie, abattu et découpé en Belgique ». Je ne pense pas que ce soit une baliverne, vu ce qui se passe déjà dans l’UE. Je rappelle le cas des pommes de terre produites en Bavière, envoyées par camion dans le sud de l’Italie, pour y être épluchées et taillées en frites, puis ramenées en Belgique pour y être commercialisées. Plus croustillant encore : la graisse animale récupérée un peu partout en Europe, emmenée dans une usine de Naples et transformée en une sorte de beurre, à l’aide de 80 kg de produits chimiques par tonne. Le résultat était tout de même mélangé à du vrai beurre qui avait, lui aussi, beaucoup voyagé et qui n’en avait pas fini avec ses pérégrinations.
Voilà pourquoi il faut impérativement renverser la vapeur. C’est le cas de le dire. Bonne manif !
EVRARD Michel. Ecologiste sans étiquette"