Al Gore prix Nobel de la Paix
Le comité Nobel a surpris. Il a décerné le prix Nobel de la Paix, certainement le plus prestigieux de tous, à Al Gore l'ancien vice-président américain et au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le fameux GIEC.
Doit-on se féliciter de cette ouverture vers les questions climatiques ? Contrairement à la tradition, le « NOBEL » n'a pas récompensé ceux qui militent, ceux qui se battent sur le terrain pour résoudre les conflits… Au fil du temps, le comité a ouvert ses analyses au travail humanitaire, à la lutte contre la pauvreté, à la défense des droits de l'Homme, et à la protection de l'environnement.
L’histoire retiendra le nom d’Al Gore et probablement pas celui du GIEC ! C’est dommage. L’histoire retiendra aussi que les questions climatiques sont d’importance, au moins autant que celle des conflits. Et c’est essentiel.
Mais gardons respect et lucidité. La cause de la paix dans le monde a ses héros et Al Gore n’en n’est pas un ! Le film « la vérité qui dérange » est remarqué mais pas remarquable.
Gardons aussi une certaine hauteur d’esprit. Le travail de communication d’Al Gore est incontestable mais il s’inscrit d’abord dans une démarche locale, c’est-à-dire américaine. Il communique dans un contexte politique fort, l’image d’un homme, ex Vice-Président de Bill Clinton, peu marqué en son temps de pouvoir par la grâce écologique. Il se dit aussi qu’il hésite à se présenter à la Maison-Blanche pour 2008 !
Rappelons-nous que la question du développement durable a plus de 20 ans ! N’aurait-il pas pu démontrer sa crédibilité par l’action alors qu’il détenait le pouvoir ?
Souvenons-nous de l’histoire. C'est seulement après son échec à l’élection de 2000 qu’il s’est lancé dans la défense de l'environnement. Il n’est donc à l’évidence pas celui « qui a fait le plus pour que l'on comprenne mieux à travers le monde les mesures qui doivent être adoptées », comme l’indique le Comité Nobel. Et, cette vérité là me dérange.
Si le film est globalement intéressant, probablement exact dans sa présentation des causes et des effets du changement climatique, il comporte de belles allégations alarmistes, de belles approximations scientifiques comme par exemple le niveau de la mer ou l’arrêt du Gulf Stream, ou l’assèchement du lac Tchad. Autrement dit, la nécessité de frapper médiatiquement l’opinion doit-elle se faire au détriment de la vérité scientifique ? Une autre vérité qui dérange, non !
Le GIEC, réalisant de son coté un travail considérable, un travail souvent ingrat de collecte de données et d’analyses complexes, doit être félicité. Mais dans son association à ce prix Nobel, le GIEC ne doit pas donner une caution aveugle à un film très moyennement « scientifique ».
Le protocole de Kyoto semble être dans une impasse après la conférence de Nairobi. La conférence qui doit se tenir à Bali du 3 au 14 décembre devra être celle des nouveaux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2012. L'expiration de la première phase du protocole de Kyoto ne doit pas valider le profond sommeil des principaux dirigeants de notre planète.
Espérons que le véritable message de ce Prix Nobel sera entendu. L’heure est à l’action, au réveil des consciences, au partage planétaire des valeurs humaines. Nous en sommes loin…