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La planète ne se partage pas , elle se gère.
Le progrès ne se subit pas, il se choisit
La démocratie ne se brade pas , elle se vit
La révolution écologique sera réfléchie et économique
La loi Littoral qui fête ses 20 ans cette année déchaîne toujours autant les passions. En tout cas, la parution d’un décret, le 5 août dernier, fait beaucoup parler de lui, au plan local comme au plan national. Pour les uns, il remet en cause la loi Littoral et menace la protection de l’environnement, pour les autres, il permet seulement de répondre à une incertitude créée par la loi Montagne. Dans ce débat, Michel Evrard, ce savoyard est très concerné, il m'a communiqué un texte qu'i avait écrit en 2003. Je lui laisse la parole aujourdh'ui sur mon blog.
MV
Léman en péril
Une preuve désolante de l’invraisemblable “ légèreté ” de l’être humain qui poursuit son œuvre de destruction, non seulement dans le bassin versant du lac Léman, mais également dans la France entière.
Voici un lac qui était très mal en point, il y a 30-35 ans. Métaux lourds, phosphates, chlorure de sodium etc. tout concourait à sa mort. Les autorités Suisses ont été à deux doigts, d’interdire de consommer certains poissons, plus d’une fois par semaine. C’est alors qu’une grande dépollution a été entreprise, des côté de la frontière. Cette action a été couronnée de succès, puisque l’eau du Léman est actuellement, de bonne qualité. Malheureusement, l’urbanisation galopante qui “ sévit ” des deux côtés du lac et dans tout le bassin versant remet cette victoire en question. On constate déjà une légère hausse des taux de chlorure de sodium et de phosphate. Au printemps 2002, M. Claude CORVI et le Professeur Jean Pierre CHENEVAL, deux éminents bio-chimistes de Genève, sont venus l’expliquer, graphiques à l’appui, lors d’une conférence-débat qu’ils ont donnée à Excenevex, station balnéaire, située à quelques encablures de Thonon-les-Bains. Ils ont insisté sur le fait que la nature ne peut pas tout digérer, d’autant plus que des détergents et autres enzymes très agressifs pour l’environnement et peu bio-dégradables ré-apparaissent subrepticement dans certaines lessives… Certaines communes du bassin versant ne sont pas encore équipées de stations d’épuration. Nous savons que les meilleures stations d’épuration rejettent encore et rejetteront encore longtemps des produits nocifs et notamment des résidus médicamenteux qui commencent à gêner la reproduction de la faune aquatique. Quand on sait que douze stations pompent l’eau du lac, pour la consommation domestique, on peut dire que le péril est immense.
Si l’urbanisation qui sévit sur un rythme affolant dans notre secteur, n’est pas rapidement freinée, le lac Léman pourrait se retrouver gravement polluée en quelques décennies. Les deux savants l’ont dit clairement. Pour l’instant, les Autorités (élus et Administration) semblent ignorer ce danger, tandis qu’un pourcentage important de la population s’en inquiète à juste titre. Certains s’obstinent à penser que la Haute-Savoie n’a pas de vocation agricole. Qu’ils se détrompent, car l’agriculture est menacée partout en France, par la diminution des surfaces cultivables due à l’urbanisation. Voici des chiffres qui devraient les faire frémir. En 2002, notre pays a perdu une superficie de 330 km2, (vous avez bien lu) soit 33.000 hectares, dans la construction de 170.000 villas, de dizaines de milliers d’immeubles collectifs, des zones commerciales et des infrastructures qui leur sont nécessaires. Ce même massacre est perpétré, chaque année, depuis des décennies. Qui paie ces infrastructures de plus en plus coûteuses ? Les collectivités locales dont la plupart sont, comme par hasard, endettées jusqu’au cou…Cette destruction massive est permise par l’agriculture productiviste ; mais celle-ci est en train de mettre en danger, le sol de certaines grandes plaines agricoles Françaises. L’année dernière, nos agriculteurs ont été obligés de répandre 11.600.000 tonnes d’engrais artificiel et 80.000 tonnes de produits phyto-sanitaires. Notre auto-suffisance alimentaire n’est qu’une auto-suffisance de façade.
“ L’aménagement ” du territoire a dépassé le stade où il était utile, pour devenir destructeur de la nature et générateur de déficits et de pollutions.
La consommation d’énergie qui en découle, connaît une augmentation inquiétante, elle aussi. Chaque année, depuis 1989, elle augmente de 2 à 3 millions de TEP (tonne équivalent pétrole). La note globale qui en résulte, a doublé en quelques années, selon un rapport parlementaire. Or, malgré cette débauche de consommation, la désindustrialisation de la France se poursuit.
En Haute-Savoie, la proximité de la Suisse qui nous fournit encore beaucoup d’emplois, mais qui commence à connaître déficits et chômage, nous offre une sécurité trompeuse. Les accords bilatéraux n’arrangent rien. La destruction des terres haut-savoyardes qui s’élève à 700 hectares, par an, devrait inquiéter les Autorités et les amener à prospecter d’autres voies que celle de la facilité. La mise en danger du lac Léman qui venait d’être sauvée, a quelque chose de profondément désespérant qui ne doit pas faire oublier que toute notre douce France connaît le même avatar.
Pourtant , les solutions existent et sont prêtes à l’emploi. En outre, elles auraient, l’avantage de mobiliser tous les bras disponibles dans une guerre totale contre tous les gaspillages et toutes les pollutions, en prenant les problèmes très en amont, au niveau économique et écologique. Il s’agit, en premier lieu, de restructurer notre cadre de vie qui est de plus en plus éclaté, dispendieux et déshumanisant. Dans cette perspective, le BTP aura encore plus de travail qu’aujourd’hui et ses activités seront, alors, dignes de tous les éloges. Nous en sommes au point où, réparer les erreurs que nous faisons depuis des décennies serait suffisant pour assurer un PIB élevé et capable d’amorcer le reflux de nos dettes. Cela paraît complètement délirant. Il suffit de se documenter un peu, pour s’apercevoir que, seule, une révolution économique de nature écologique peut nous éviter la catastrophe annoncée, tant sur le plan agro-écologique, que sur le plan économique et humain. Sinon, c’est la révolution tout court que nous aurons, quand tout s’effondrera brutalement.
EVRARD Michel. Génération-Ecologie 74. 2003.
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